Journal club bioéthique / Automne 2016

Le dernier journal club de l’année aura lieu 

Mardi 6 décembre 2016

Pavillon 7101 Parc

Salle 3168

(12 h – 13 h)

Animé par

Patrick Gogognon

Doctorant en bioéthique sous la supervision de Béatrice Godard

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Thème :

Les enjeux éthiques de l’asymétrie de pouvoir en contexte de recherche nord-sud en santé mondiale. Une étude qualitative en Côte d’Ivoire.

Ce numéro du journal club sera animé sous la forme d’une présentation orale d’environ 20 minutes portant sur les résultats préliminaires issus de l’analyse des données. Suivra une période d’échanges d’environ 30 à 40 minutes.

Résumé

L’asymétrie de pouvoir est une notion qui renvoie à une relation inégalitaire dans un contexte social ou institutionnel injuste. Dans la recherche nord-sud en santé mondiale, cette notion soulève des enjeux de justice et d’équité pour les institutions de recherche, les chercheurs et les communautés où se déroulent ces recherches. Pour les chercheurs l’asymétrie de pouvoir peut constituer un obstacle pour une recherche efficace et équitable et ils courent des risques de se trouver en situation de vulnérabilité. Alors que ces enjeux sont largement discutés dans la littérature, il apparaît que ce phénomène reste encore étudié au plan théorique et il existe peu de données empiriques particulièrement dans les pays en développement. Nous avons mené une recherche qualitative auprès de 19 chercheurs en Côte d’Ivoire afin d’évaluer leurs perspectives sur les facteurs et les mécanismes de l’asymétrie de pouvoir dans la recherche en santé mondiale.

Les résultats préliminaires que nous discutons ici révèlent deux thèmes principaux : 1/ les défis de l’allocation des ressources pour la recherche comme facteurs contribuant à l’émergence de l’asymétrie de pouvoirs; 2/ les relations d’interdépendance entre chercheurs comme mécanismes de l’asymétrie de pouvoirs. Nos résultats suggèrent que ce phénomène implique des enjeux de conflit d’intérêts, de responsabilité et de relations professionnelles dans la conduite de la recherche. En outre, les facteurs et les mécanismes en jeu dans l’asymétrie de pouvoir pourraient avoir des causes structurelles inhérentes au milieu de la recherche. Notre étude révèle par ailleurs un contraste entre des pratiques de terrain qui placent les chercheurs en situation de vulnérabilité et les intentions visant à renforcer la justice et l’équité dans la recherche.

Cette recherche représente une contribution importante pour une meilleure compréhension de la place que tiennent l’allocation des ressources et les relations d’interdépendance dans le phénomène de l’asymétrie de pouvoir particulièrement dans la recherche menée dans les pays en développement.

Quelques questions suite à la présentation :

  • Comment les résultats de cette étude peuvent-ils aider les chercheurs et les institutions de recherche à jouer un rôle dans la gestion de l’asymétrie de pouvoir?
  • Comment mieux adresser les défis de l’asymétrie de pouvoir dans la recherche en contexte de ressources limitées?
  • Comment la gouvernance de la recherche peut-elle contribuer à réduire l’asymétrie de pouvoir?

Mardi le 29 novembre 2016

Pavillon 7101 Parc Montréal

Salle 3168

À partir de 12 h 00

Animé par

Virginie Manus

Étudiante à la maîtrise sous la direction de Bryn-Williams-Jones

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Gestion éthique en milieux de soins : le pari impossible?

 

Résumé:

Le management en milieu de soins évolue au rythme des restructurations du système de santé initiées par les politiques. Avec ces changements profonds, dont la création des CSSS, il est devenu presque ordinaire de s’interroger sur les formes de gestion ayant cours au sein de ces structures qui ont la particularité d’être évolutives. Les questions de logiques organisationnelles soulevées dans la littérature, notamment en administration de la santé, abordent de plus en plus la délicate besogne qui consiste à répondre au double mandat d’amélioration de la santé collective et d’offre de soins et de services, de qualité, pour chaque individu. En simplifiant la problématique soulevée par ces deux axes, on trouve d’un côté des gestionnaires associés à l’autorité, soumis à des impératifs administratifs et financiers et tournés vers une résolution de problème axée sur le collectif ;  de l’autre des professionnels de santé (centre opérationnel sans qui l’hôpital n’existe pas), qui ont le pouvoir de l’expert, détiennent un savoir spécifique qui leur permet de contrôler les procédés et dont l’éthique professionnelle les oblige avant tout à répondre aux besoins du patient.

La transformation du pouvoir décisionnel, passé des professionnels de santé aux gestionnaires (à nuancer selon les établissements), et la limite des ressources dont ils disposent sont à l’origine de l’émergence de l’éthique organisationnelle en milieux de soins. Le texte de Lise Lamothe et Yolaine Rioux propose de revenir sur une éthique de la prise de décision qui puisse servir d’outil pour guider la démarche du « choix » entre l’individuel et le collectif, intégrer l’ensemble des parties prenantes, y compris le patient, et tenter de réconcilier éthique professionnelle et organisationnelle. Le texte de Shale apporte quant à lui de précieux éléments pratiques sur la façon dont des directeurs médicaux britanniques gèrent les dilemmes moraux qu’ils rencontrent en tant que dirigeants des organisations de soins de santé au Royaume-Uni. Elle revient en détail sur les conflits, les tensions et les questionnements qui naissent du paradoxe au cœur de l’organisation: servir les intérêts des groupes va parfois à l’encontre des besoins individuels. La particularité du système britannique, dont les directeurs médicaux sont autant médecins que directeurs exécutifs, nous donne un autre point de vue sur le sujet. Il ne s’agit pas de mettre fin à ce hiatus, qui fait partie intégrante de l’organisation des soins de santé, mais de nommer les dilemmes, de mieux partager les connaissances et compétences en éthique, d’évaluer et de développer les composantes interpersonnelles nécessaires à cette inclusion de l’éthique dans le leadership médical et exécutif. Pour alimenter notre réflexion, nous aborderons des notions de gestion comme la cogestion, le management renouvelé, les communautés de pratiques ou le transfert de connaissances et nous nous questionnerons sur la place des conseillers en éthique clinique dans cette éthique organisationnelle « intégrée ».

Articles à lire

LES PROFESSIONNELS SONT-ILS LES GARDIENS DU SYSTÈME DE SANTÉ? UNE PERSPECTIVE ORGANISATIONNELLE. par Lise Lamothe et Yolaine Rioux.

Pour écouter une conférence donnée par ces auteures.

Shale, S. (2008). Managing the conflict between individual needs and group interests-ethical leadership in health care organizations. The Keio journal of medicine, 57(1), 37-44.

Questions de départ :

  1. L’éthique organisationnelle, en tant que démarche inclusive réunissant à la fois l’éthique clinique et le référentiel de valeurs de l’éthique en santé publique, est-elle un outil facilitant la cogestion (binôme gestionnaires-professionnels de santé) en milieu hospitalier ? 
  2. Permet-elle d’aiguiller les décisions qui concernent à la fois l’intérêt collectif et les besoins individuels ? 
  3. Pourrait-elle initier et mettre en oeuvre une communauté de pratique de l’éthique en milieu de soin qui ait un pouvoir d’influence, de pilotage et d’innovation ? 

Mardi le 22 novembre 2016

Pavillon 7101 Parc Montréal

Salle 3168

À partir de 12 h 00

Animé par

Jean-Christophe Bélisle Pipon

Étudiant au doctorat sous la direction de Bryn-Williams-Jones

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Informer en 140 caractères : Comment l’industrie peut espérer réussir à se conformer à ses obligations en si peu d’espace?

Résumé :

De plus en plus d’efforts sont mis sur la promotion des médicaments (ou l’information aux patients, selon le point de vue) à travers les médias sociaux. En 2008, l’industrie investissait environ 40 millions de dollars alors qu’en 2011, elle aurait dépensé plus d’un milliard de dollars en campagnes sur les médias sociaux. À elle seule, cette hausse est suffisante pour montrer l’intérêt que représente ce moyen de rejoindre les consommateurs. La plupart des pays réglementent les communications directes aux consommateurs des médicaments (CDCM) en imposant, soit de ne pas faire la promotion de médicaments (comme au Canada), soit d’assurer qu’il y ait un juste équilibre (fair balance) dans la présentation des bienfaits et des risques que pose un médicament. Ces deux types de contraintes limitent donc ce qu’il est possible de véhiculer dans un message destiné aux patients, mais dans les faits la régulation est constamment en retard sur les pratiques de l’industrie. Car il n’est pas simplement question de risques et de bénéfices, mais également de l’effet des témoignages d’autres patients, les sites web vers lesquels dirigent les billets publiés, etc. Alors que la FDA est actuellement en réflexion en vue de mieux encadrer ces messages, les CDCM foisonnent sur les médias sociaux, au point où Facebook est en réflexion en vue de faciliter la création de pages, commanditées par des compagnies pharmaceutiques, dédiées à informer et réseauter les patients. Les activités de l’industrie façonnent l’environnement informationnel dans lequel naviguent les consommateurs. Dès lors, cela mérite notre attention.

Questions de départ :

Devrait-on mieux repenser la régulation des CDCM afin qu’elle prenne en compte l’évolution des pratiques commerciales? Est-ce une question d’un bon encadrement des pratiques ou n’y a-t-il pas de façon sous-jacente un enjeu à résoudre?

Article à lire :

Liang, B. A. et Mackey, T. (2011). Direct-to-Consumer Advertising With Interactive Internet Media: Global Regulation and Public Health Issues. JAMA305(8), 824‑825. doi:10.1001/jama.2011.203. liang-and-mackey-2011-direct-to-consumer-advertising-with-interactive-in

Infos supplémentaires sur le contexte actuel des réflexions de la FDA :

Character-Space-Limited Online Prescription Drug Communications https://www.federalregister.gov/documents/2016/11/07/2016-26793/agency-information-collection-activities-proposed-collection-comment-request-character-space-limited


Mardi le 15 novembre 2016

Pavillon 7101 Parc Montréal

Salle 3014-2

Exceptionnellement à partir de 12 h 30

Animé par

Stanislav Birko

Étudiant à la maîtrise en bioéthique sous la direction de Vardit Ravitsky

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Le maternalisme médical

Résumé :

 

Laura Specker Sullivan différencie les concepts de paternalisme et de maternalisme médicaux dans la prise de décision concernant la divulgation d’informations aux patients. Elle définit le paternalisme comme étant une substitution de la volonté du médecin pour la volonté du patient impliquant une prise de décision par le médecin dans le meilleur intérêt du patient. Toutefois, le maternalisme est plutôt défini comme une prise de décision, pour le patient, basée sur une compréhension (aussi) profonde (que possible) des préférences de ce dernier, via laquelle sa volonté n’est pas substituée par celle du médecin. L’auteure fait appel à l’argument voulant qu’un parent qui traditionnellement passe beaucoup de temps avec son enfant puisse arriver à une décision qui prend raisonnablement en considération la volonté de l’enfant, tandis qu’un parent moins présent ne peut décider que de façon impersonnelle.

Article : medical-maternalism

 

Question de départ :

 

Selon vous, quel est l’effet de cette distinction sur le principe d’autonomie?